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 LIVRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE

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Lancelot de Fohet
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MessageSujet: LIVRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE   Ven 1 Oct - 7:08

LIVRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE


NOTE SUR LE TEXTE



La tradition manuscrite du Livre de la nativité de Marie et abondante. Le texte est conservé dans environ cent trente manuscrits, qui se distinguent en deux formes textuelles. La première, la plus originelle et déjà attestée par Fulbert de Chartres, a connu la plus grande diffusion : d'abord sur le territoire français, puis, à partir de là et depuis le XIIe siècle, surtout en Angleterre et en Italie. La seconde forme est le résultat d'une révision plus ou moins discrète de la première : elle consiste essentiellement en des adaptations grammaticales et stylistiques, visant à éclairer le texte et à en faciliter la lecture. Son rayonnement se limita en majeure partie au territoire compris entre le Nord-est de la France et la région rhénano-mosane. En comparaison de la tradition de l'Évangile de l'Enfance du Pseudo-Matthieu, celle du Livre de la nativité de Marie connut un développement assez strict et discipliné. Il n'y a que trois cas où la tradition est très riche en variantes : la présentation du prologue, la description de Joseph comme veuf ayant des fils adolescents (8,I) et la paraphrase des paroles de l'Annonciation (9-5).

Tout comme l'Évangile de l'Enfance du Pseudo-Matthieu, le Livre de la nativité de Marie a exercé une grande influence sur la dévotion mariale. Très tôt, le livre trouva sa place dans les collections de sermons et de légendes, puis dans les lectionnaires, fournissant ainsi les leçons pour la fête de la Nativité de la Vierge. L'ordre dominicain, tout particulièrement, tenait le texte en grande estime :
la réforme liturgique conduite sous l'égide d'Humbert de Romans, au milieu du XIIIe siècle, incorpora une version abrégée du texte dans le lectionnaire officiel de l'ordre ; en outre, notre apocryphe figura dans quelques grandes oeuvres de compilation dominicaines. Étant dépouillé des détails romanesques de la tradition apocryphe, le Livre de la nativité de Marie était moins appelé à stimuler l'imagination d'artistes ou de narrateurs en langues vernaculaires que l'Évangile de l'Enfance du Pseudo-Matthieu. Cependant, on retrouve les premières traces de notre apocryphe en langue vernaculaire chez deux auteurs français du XIIe siècle : le poète normand Wace, qui utilisa le livre pour raconter l'histoire de la nativité de Marie dans son poème intitulé La Conception Nostre Dame ; Herman de Valenciennes, qui l'inséra dans son adaptation de la Bible en vers français intitulée Li Romanz de Dieu et de sa Mère.

La présente traduction repose sur le texte latin édité â partir de vingt manuscrits dans la « Series apocryphorum ». Les éditions antérieures, depuis la première édition, parue probablement en 1468, jusqu'à celle de K. von Tischendorf, ont toutes imprimé la version la plus évoluée de la première forme textuelle. Le texte latin sur lequel se fonde la traduction est cité lorsque le contenu diffère sensiblement de ce qu'on lit dans l'édition de K. von Tischendorf. Nous avons retenu la division traditionnelle du récit en dix chapitres, mais nous avons suivi la division plus détaillée en groupes de phrases qui est adoptée pour la nouvelle édition de la « Series apocryphorum ».

PROLOGUE

Tu me demandes un petit service, léger quant au travail, mais très grave à cause de la précaution à prendre contre l'erreur. Tu désires en effet que je mette par écrit ce que j'aurais pu trouver quelque part au sujet de la nativité de la sainte et très heureuse Vierge Marie jusqu'à son incomparable enfantement et aux premiers débuts du Christ ? chose non point difficile à faire mais, comme j'ai dit, très présomptueuse, à cause du danger qu'elle fait courir à la vérité. En effet, ce que tu exiges de moi, maintenant que ma tête a blanchi, je l'ai lu, sache-le, dans un petit livre qui m'est tombé sous la main quand j'étais un tout jeune homme, et il se peut très bien que, à cause d'un si grand laps de temps et de l'intervention d'autres événements qui ne sont pas légers, l'un ou l'autre détail ait échappé à ma mémoire. Aussi pourra-t-on m'accuser non sans raison, si j'accède à ta demande, d'omettre, d'ajouter ou de changer quelque chose. Si je ne nie pas que cela puisse être le cas, je n'avoue pas que je le fais délibérément. Ainsi, afin de combler tes voeux et de contenter la curiosité des lecteurs, je rappelle à ton intention comme à celle de tout lecteur que le petit livre en question, si j'ai bonne mémoire, avait une préface dont le sens était à peu près le suivant :
Jérôme, aux évêques Chromace et Héliodore.
«Vous me demandez de vous faire savoir ce que je pense d'un petit livre que d'aucuns possèdent sur la nativité de sainte Marie. Sachez donc qu'on y trouve beaucoup, de faussetés. En effet, un certain Seleucus, auteur des Passions des apôtres, a également compose ce petit livre-ci. Mais, de même qu'il a dit vrai au sujet de leurs prodiges et des miracles qu'ils ont effectués, tout en proférant de nombreux mensonges au sujet de leur doctrine, de même il a beaucoup inventé ici de manière non véridique. Aussi m'efforcerai-je de traduire mot à mot, d'après ce qui se trouve en hébreu, puisqu'il est clair que le saint évangéliste Matthieu a compose ce même petit livre et qu'il l'a, ajouté, scellé par des caractères hébraïques, en tête de son Évangile.»
Pour la vérité de cela, je m'en remets à l'auteur de la préface et à la bonne foi de l'écrivain. Personnellement, si je déclare que c'est sujet à doute, je n'affirme pas que ce soit nettement faux. Voilà ce que je dis en toute liberté, et qu'à mon avis aucun fidèle ne niera : que tout cela soit vrai ou inventé par quelqu'un, de grands miracles ont précédé la sainte nativité de sainte Marie et de très grands l'ont suivie, et pour cette raison ceux qui croient que Dieu a pu accomplir cela peuvent les croire et les lire sans danger pour leur âme. Enfin, pour autant que je puisse m'en souvenir, je suivrai le sens et non les mots de l'écrivain. Tantôt je me lancerai sur la même voie sans suivre pour autant les mêmes traces, tantôt je reviendrai sur la même route par quelques détours. Ainsi, je conduirai le fil de la narration de telle façon que je ne dirai rien d'autre que ce qui y a été écrit ou que ce qui, raisonnablement, a pu y être écrit.


LIVRE DE LA NATIVITÉ DE MARIE

Donc, la bienheureuse et très glorieuse Marie, toujours vierge, est issue de la race royale et de la famille de David ; elle naquit dans la ville de Nazareth et fut élevée à Jérusalem dans le Temple de Dieu. Son père s'appelait Joachim, sa mère Anne. La maison paternelle était originaire de Galilée, de la ville de Nazareth ; la famille maternelle, de Bethléem. Leur vie était simple et honnête devant Dieu, irréprochable et charitable auprès des hommes. Ils divisaient tout leur bien en trois parts, consacrant une partie au Temple et aux serviteurs du Temple, donnant une autre aux pèlerins et aux pauvres, réservant la troisième pour eux-mêmes et pour les besoins de leur domesticité. Justes envers Dieu, charitables envers les hommes, ils vécurent ainsi pendant vingt ans environ une vie conjugale chaste, sans procréation d'enfants. Ils firent cependant voeu, si Dieu leur donnait un descendant, de le consacrer au service du Seigneur. Pour cette raison, ils avaient également coutume de fréquenter le Temple du Seigneur à chaque fête de l'année.
Or il advint qu'approcha la fête de la Dédicace. Aussi Joachim monta-t-il à Jérusalem avec quelques-uns de sa tribu. En ce temps-là, Isachar y était grand prêtre. Et, lorsqu'il remarqua que Joachim se trouvait lui aussi, avec son offrande, parmi ses concitoyens, il le méprisa et dédaigna ses dons, lui demandant pourquoi il osait prendre place parmi les féconds, lui qui était infécond. Il lui dit que ses dons pouvaient sembler indignes à Dieu, qui l'avait lui-même jugé indigne d'un descendant ; l'Écriture disait qu'était maudit tout homme qui n'avait pas engendré un enfant mâle en Israël ; en effet, il devait d'abord se délivrer de cette malédiction par la génération d'un enfant, et ainsi seulement il pourrait se présenter devant Dieu avec ses offrandes. Rempli d'une grande honte par le reproche de cet opprobre, Joachim se retira auprès des pasteurs qui gardaient ses troupeaux dans les pâturages. En effet, il ne voulait pas retourner à la maison, de peur qu'il ne subisse la même manifestation de mépris de la part des gens de sa tribu qui avaient également été présents et qui avaient entendu ces mots du prêtre.
Mais, alors qu'il y séjournait depuis un certain temps, un jour où il était seul, un ange du Seigneur lui apparut dans une immense lumière. Comme il était troublé devant cette vision, l'ange qui lui était apparu apaisa sa peur en disant : « Ne crains pas, Joachim, ne sois pas troublé par ma vue. Je suis en effet un ange que le Seigneur t'envoie pour t'annoncer que tes prières sont exaucées et que tes aumônes sont montées devant lui. Il a regardé et vu ta pudeur, et il a entendu le reproche de stérilité qui te fut adressé injustement. Car Dieu est le vengeur du péché, non pas de la nature. Aussi, lorsqu'il ferme un sein, il le fait pour l'ouvrir plus miraculeusement ensuite et pour que l'on sache que ce qui naît n'est pas le fruit de la concupiscence, mais un don divin. La première mère de votre nation, Sara, ne fut-elle pas inféconde jusqu'à ses quatre-vingts ans ? Et pourtant, dans une vieillesse avancée, elle a mis au monde un fils, Isaac, à qui avait été promise la bénédiction de toutes les nations. Et Rachel, tellement agréable au Seigneur, tant aimée par saint Jacob, fut elle aussi longtemps stérile, et elle a néanmoins donné naissance à Joseph, non seulement seigneur d'Égypte, mais aussi libérateur de très nombreuses nations menacées par la faim. Qui parmi les chefs fut plus fort que Samson ou plus saint que Samuel ? Et pourtant ils ont eu tous les deux des mères stériles. Si la raison ne te convainc pas de donner foi à mes mots, donne au moins créance aux exemples qui montrent que les conceptions longtemps différées et les naissances stériles sont d'habitude plus miraculeuses. Aussi ta femme Anne enfantera-t-elle pour toi une fille, et tu lui donneras le nom de Marie. Elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous l'avez promis, et elle sera remplie du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur, et elle ne vivra pas parmi le peuple, au-dehors, mais dans le Temple du Seigneur, pour qu'on ne puisse rien ni dire ni même soupçonner de méchant à son sujet. Et avec le progrès de l'âge, de même qu'elle naîtra de façon miraculeuse d'une femme stérile, de même, vierge, elle engendrera de façon incomparable le fils du Très-Haut, qui sera appelé Jésus : son nom indique qu'il sera le sauveur de toutes les nations. ? Et voici le signe de ce que je t'annonce : quand tu arriveras à la porte Dorée de Jérusalem, tu rencontreras ta femme Anne, qui, pour l'instant pleine d'inquiétude à cause du retard de ton retour, se réjouira alors à ta vue. » Sur ces mots, l'ange le quitta.
Ensuite, il apparut également à sa femme Anne en disant : « Ne crains pas, Anne, ne pense pas que c'est un fantôme que tu vois. Je suis en effet cet ange qui a présenté vos prières et vos aumônes devant le Seigneur. Et maintenant je suis envoyé vers vous pour vous annoncer qu'il vous naîtra une fille, du nom de Marie, qui sera bénie pardessus toutes les femmes. Pleine de la grâce du Seigneur dès sa naissance, elle passera les trois années de son allaitement dans la maison paternelle. Ensuite, consacrée au service du Seigneur, elle ne quittera pas le Temple jusqu'à l'âge de raison ; servant là Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière, elle s'abstiendra de tout ce qui est impur. Elle ne connaîtra jamais d'homme, mais seule, sans exemple, sans souillure, sans corruption, sans union avec un homme, vierge elle engendrera un fils, servante elle engendrera le Seigneur, éminente à la fois par son nom et par son oeuvre elle engendrera le sauveur du monde. Lève-toi donc et monte à Jérusalem et, quand tu arriveras à la porte que l'on appelle Dorée parce qu'elle est ornée d'or, tu rencontreras là, et ce sera le signe, ton mari pour le salut duquel tu t'inquiètes. Lorsque tout cela se sera donc passé ainsi, sache que ce que je t'annonce va se réaliser indubitablement. »
Ainsi, selon la prescription de l'ange, ils partirent tous les deux du lieu où ils se trouvaient et montèrent à Jérusalem. Et, lorsqu'ils arrivèrent au lieu désigné par la prophétie angélique, ils allèrent à la rencontre l'un de l'autre. Heureux de se revoir et rassurés par la certitude de l'enfant promise, ils rendirent dûment grâce au Seigneur, qui élève les humbles. Ensuite, après avoir adoré le Seigneur, ils retournèrent à la maison et attendirent la promesse divine avec certitude et allégresse. Aussi Anne conçut-elle et enfanta-t-elle une fille et, selon l'ordre angélique, les parents lui donnèrent le nom de Marie.
Et, lorsque le cycle des trois ans se fut déroulé, et que le temps de l'allaitement fut terminé, ils conduisirent la Vierge avec des offrandes au Temple du Seigneur. Or il y avait autour du Temple quinze marches à monter, conformément aux quinze psaumes des montées. Car le Temple étant construit sur une montagne, l'autel des holocaustes, qui se trouvait à l'extérieur, n'était accessible que par des marches. Aussi déposèrent-ils la Vierge sur la première de celles-ci. Et, tandis qu'ils ôtaient leurs vêtements de voyage et qu'ils mettaient des vêtements plus soignés et plus propres selon la coutume, la Vierge du Seigneur monta toutes les marches l'une après l'autre, sans la main de quiconque pour la guider et la soulever, de telle façon que l'on crut que, sur ce point du moins, rien ne manquait à sa maturité. En effet, déjà dans l'enfance de la Vierge, le Seigneur accomplit un grand acte et montra d'avance par le signe de ce miracle quelle grandeur elle atteindrait. Lorsqu'ils eurent donc célébré le sacrifice selon la coutume de la Loi et qu'ils eurent accompli leur voeu, ils laissèrent la Vierge dans l'enceinte du Temple avec les autres vierges qui devaient être élevées en ce même lieu, et eux-mêmes retournèrent à la maison.
Or, en avançant en âge, la Vierge du Seigneur progressait également chaque jour dans les vertus. Et, parce que, selon les mots du psalmiste, « son père et sa mère l'abandonnèrent, Dieu l'accueillit » chaque jour, en effet, elle était fréquentée par des anges, chaque jour elle jouissait de la vision divine, qui la préservait de tous les maux et lui donnait aussi tous les biens en abondance. Elle atteignit sa quatorzième année de telle façon que non seulement les méchants ne pouvaient rien trouver à lui reprocher, mais qu'aussi tous les bons qui la connaissaient jugeaient dignes d'admiration sa vie et sa conduite. Alors, le grand prêtre ordonna publiquement aux vierges qui étaient instruites dans le Temple et qui avaient accompli cette période de leur jeunesse de rentrer à la maison, de se préparer au mariage, selon la coutume de la nation et la maturité de leur âge. Tandis que les autres obéissaient docilement à cet ordre, seule Marie, la Vierge du Seigneur, répondit qu'elle ne pouvait faire cela, puisque ses parents l'avaient consacrée au service du Seigneur et qu'en plus elle avait elle-même voué au Seigneur sa virginité, qu'elle ne pourrait jamais outrager en s'unissant à un homme. Le grand prêtre était dans la détresse, parce qu'il pensait que, l'on ne devait pas violer une promesse en s'opposant à l'Écriture qui dit : « Faites des voeux et acquittez-vous-en », et parce qu'il n'osait pas non plus introduire une coutume étrangère à la nation. Aussi prescrivit-il qu'à la fête qui était imminente tous les notables de Jérusalem et des lieux voisins soient présents, afin qu'il sache, grâce à leur conseil, ce qu'il fallait faire dans un cas si douteux. C'est ce qui fut fait, et tous décidèrent en commun que le Seigneur devait être consulté à ce sujet. Et, alors que les autres se prosternaient pour prier, le grand prêtre alla faire la consultation selon la coutume. Et, sans tarder, une voix venant de l'oracle et du lieu du propitiatoire se fit entendre à tous, disant qu'il fallait avoir recours à la prophétie d'Isaïe pour savoir à qui la Vierge devait être confiée et accordée en mariage. Isaïe a dit : « Un rameau sortira de la racine de Jessé, et une fleur poussera de sa racine, et sur elle reposera l'esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de piété, et l'esprit de crainte du Seigneur la remplira. » Ainsi donc, selon cette prophétie, tous les membres de la maison et de la famille de David en état de se marier et non mariés apporteraient leur rameau à l'autel ; et, si un petit rameau fleurissait après l'offrande et si sur sa pointe prenait place l'Esprit du Seigneur sous la forme d'une colombe, ce serait à son possesseur que la Vierge devait être confiée et accordée en mariage.
Parmi les personnes présentes se trouvait Joseph, un homme de la maison et de la famille de David, dont la femme était défunte et qui avait des enfants déjà jeunes gens. Comme il lui semblait inconvenant d'épouser une fille d'un âge si tendre, alors qu'il avait des fils plus âgés, il fut le seul à retenir son rameau alors que les autres apportaient le leur selon l'oracle. Et, comme, par conséquent, il n'apparaissait rien de conforme à la voix divine, le grand prêtre pensa qu'il fallait consulter une nouvelle fois le Seigneur. Celui-ci répondit que le seul de tous les désignés à ne pas avoir apporté son rameau était celui à qui la Vierge devait être accordée en mariage. Ainsi découvert, Joseph apporta son rameau; et, lorsque celui-ci fleurit aussitôt et qu'une colombe venant du ciel prit place sur sa pointe, il fut clair aux yeux de tous que c'était à lui que la Vierge devrait être accordée en mariage. Donc, après la célébration coutumière du rite de mariage, Joseph resta dans la ville de Bethléem pour organiser sa maison et pour se procurer ce qui était nécessaire au mariage, tandis que Marie, la Vierge du Seigneur, retourna à la maison de ses parents en Galilée avec sept autres vierges de son âge et élevées avec elle, qu'elle avait reçues du prêtre.
En ces jours, c'est-à-dire au premier temps de son arrivée en Galilée, l'ange Gabriel fut envoyé vers elle par Dieu pour lui faire savoir la conception du Seigneur et lui en exposer le déroulement ou la manière. C'est ainsi qu'en entrant chez elle il remplit la chambre où elle se trouvait d'une immense lumière et, la saluant avec beaucoup de joie, il lui dit : « Je te salue Marie, vierge très agréable au Seigneur, vierge pleine de grâce, le Seigneur et avec toi, tu es bénie par-dessus toutes les femmes, bénie par-dessus tous les êtres humains qui sont nés jusqu'à présent. » La Vierge, qui connaissait déjà bien les visages des anges et n'était pas inaccoutumée à la lumière céleste, ne fut ni effrayée par la vision de l'ange, ni stupéfaite de l'intensité de la lumière. Mais elle fut troublée par sa seule parole et elle se mit à penser à ce que pouvait signifier cette salutation si insolite, ce qu'elle cachait, à quel but elle mènerait. L'ange, divinement inspiré, répondit à sa pensée en disant : « Ne crains pas, Marie, que cette salutation cache quelque chose de contraire à ta chasteté. En effet, tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Parce que tu as choisi la chasteté de la virginité, tu concevras sans péchés, tu enfanteras un fils. Il sera grand parce qu'il régnera de la mer jusqu'à la mer et du fleuve jusqu'aux confins de la terre, et il sera appelé le Fils du Très-Haut, parce que celui qui naît sur terre dans l'humilité règne au ciel avec le Père dans la grandeur. Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. Lui-même, en effet, est Roi des rois et Seigneur des seigneurs, et son trône subsiste dans les siècles des siècles. » A ces paroles de l'ange, la Vierge répondit, non qu'elle fût incrédule, mais parce qu'elle voulait connaître la manière : «Comment cela pourra-t-il se faire ? En effet, puisque moi-même, selon mon voeu, je ne connaîtrai jamais un homme, comment puis-je concevoir sans suivre les usages humains, ou enfanter sans le secours d'une semence virile ? » A cela l'ange répondit : « Ne pense pas, Marie, que tu concevras de manière humaine ; en effet, c'est sans union avec un homme que vierge tu concevras, vierge tu enfanteras, vierge tu nourriras. En effet, le Saint-Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre contre toutes les ardeurs de la passion. C'est pourquoi aussi l'être qui naîtra de toi ? seul saint puisque seul conçu et né sans péché ? sera appelé Fils de Dieu. » Alors Marie, les mains étendues et les yeux levés au ciel, dit : « Voici la servante du Seigneur ? en effet je ne suis pas digne du nom de mère ? qu'il m'advienne selon ta parole. »
Il serait trop long de vouloir insérer dans cet opuscule tous les événements dont nous avons lu qu'ils ont précédé ou qu'ils ont suivi la naissance du Seigneur. Omettons donc ce qui est écrit de manière plus complète dans l'Évangile et passons au récit de ce qui s'y trouve moins amplement.
Donc Joseph, rentrant de Judée en Galilée, avait l'intention de prendre pour femme la Vierge qui était sa fiancée. Déjà, en effet, trois mois s'étaient écoulés, et le quatrième venait de commencer, depuis le temps où elle lui avait été fiancée. Dans l'intervalle, comme le sein de celle qui allait enfanter grossissait peu à peu, l'enfant commença à se manifester. Et cela ne put rester caché à Joseph. Car, entrant chez la Vierge plus librement, comme il en est pour des fiancés, et parlant avec elle plus familièrement, il s'aperçut qu'elle était enceinte. Aussi commença-t-il à être bouleversé et troublé, parce qu'il ignorait ce qu'il convenait le mieux de faire. En effet, il ne voulait ni la dénoncer, parce qu'il était juste, ni la diffamer par le soupçon de fornication, parce qu'il était pieux. Il pensa donc à dissoudre secrètement le mariage et à la répudier sans bruit. Mais, alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, tu ne dois pas craindre, nourrir un soupçon de fornication envers la Vierge, ou penser quelque chose de fâcheux à son sujet, et ne crains pas de la prendre pour femme. En effet, le fruit en elle, qui te tourmente le coeur en cet instant, et l'oeuvre non pas d'un homme, mais du Saint-Esprit. Or, seule parmi toutes les femmes, elle, une vierge, enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur. Car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Alors Joseph prit la Vierge pour femme, selon l'ordre de l'ange. Cependant, il ne la connut pas, mais il veilla sur elle et la garda dans la chasteté. Et déjà arriva le neuvième mois depuis la conception, quand Joseph, ayant pris avec lui sa femme et tout ce qui était nécessaire, se dirigea vers la ville de Bethléem, dont il était lui-même originaire. Or il advint, comme elle était là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter, et, comme l'ont enseigné les saints évangélistes, elle enfanta son premier-né, notre Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne jusqu'aux siècles des siècles. Amen.
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